C’est le montant estimé du soutien de l’État luxembourgeois au logement entre 2010 et 2024, d’après une étude réalisée par Antoine Paccoud, chercheur au LISER, et Samuel Ruben, économiste. Une somme colossale qui, selon les deux coauteurs, pourrait être en deçà de la réalité. En effet, certaines aides n’ont pu être clairement chiffrées en raison de l’absence de données publiques disponibles.
Sur ces 10,5 milliards, près de 80 %, soit plus de 8 milliards d’euros, correspondent à des dépenses fiscales : taux de TVA super-réduit, Bëllegen Akt, taux d’amortissement accéléré, exonération de plus-value, etc. À titre de comparaison, à peine 1,4 milliard porte sur le logement abordable et seulement 712 millions sur les aides individuelles (subvention et bonification d’intérêt, subvention de loyer, prime d’accession à la propriété, prime d’épargne…).
Pour Antoine Paccoud, « les 10,5 milliards d’euros de soutien public au logement mobilisés depuis 2010 ont surtout facilité la vie à ceux qui seraient devenus propriétaires (et parfois multipropriétaires) ». Il estime que « cette somme aurait permis de loger aujourd’hui 10 000 ménages » si elle avait été investie dans la constitution d’un stock public de logements. « Il est temps de réorienter la dépense publique vers les populations qui sont les plus précaires face au logement en finançant davantage la construction et l’acquisition de logements voués à la location sociale », persiste le chercheur.
D’un point de vue purement économique, Samuel Ruben souligne que, grâce à cette étude chiffrée, l’effort de l’État en matière de logement peut enfin être quantifié. Il va même plus loin : « la charge fiscale aurait été plus élevée — et donc les recettes publiques plus importantes — si ces "dépenses fiscales logement" n’existaient pas ! ».
